Homélie du 25 décembre 2022

 Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous 

Nativité du Seigneur - Année A

Une homélie de fr. Benoît Standaert

Homélie :
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Bienvenue à vous tous, chères sœurs, chers frères, chers amis, vous qui êtes montés courageusement jusqu'ici ou bien qui êtes connectés grâce à internet et au talent de nos techniciens à bord !

Qu'est-ce qui nous rassemble avec quelque fièvre, quelque excitation ce matin ? La naissance d'un nouveau visage humain ! Grandeur de l'infime, richesse et pauvreté, lumière dans la nuit, chaleur au cœur de l'hiver. Et paradoxe des paradoxes : Dieu fait homme, l'éternel fait chair, comme dit le Prologue de saint Jean. Il y a de quoi méditer en s'émerveillant.

Invoquons ensemble celui qui est né comme nous tous et qui a traversé la mort pour répandre jusqu'aux extrémités de notre monde un évangile, une parole de vie, de joie et de paix. Kyrie eleison.

Homélie

Bien chers amis.

À Noël on se retrouve en famille et entre amis, et on se raconte des histoires qui font rire et pleurer tout à la fois, qui nous prennent au cœur et font du bien : on retrouve en nous un cœur très humain, comme cet enfant qu'on voit sourire à travers ses larmes - une image chère dans la monde monastique. Le moine ne serait rien d'autre, dit Jean Climaque par exemple.

Au monastère à Bruges nous avions un père qui aimait raconter des histoires de Noël. C'était le P. Abbé Michel Coune, de pieuse mémoire. Il les inventait, ses histoires, ou les recueillait d'un peu partout.

Il raconte que le soir de Noël, après que les bergers s'étaient retirés avec leurs moutons, arrive un Monsieur, très bien mis, avec cravate et costume et un beau gilet... Il avait enlevé son chapeau, malgré le froid, et s'était approché de la jeune maman, considérant le tout petit entre ses bras. Soudain l'enfant se mit à crier ! «  Donne-moi ton cœur ! Donne-moi ton cœur !  » Le monsieur est tout ébahi : ce tout petit parle ! Et qu'est-ce qu'il me demande ? Mais la maman, Marie, confirme : «  Oui, donnez, donnez-lui votre cœur, s'il vous plaît  ». L'homme hésite, il envie de s'enfuir, mais en voyant la douce maman insister à son tour, il entra sa main dans son gilet, et en retira un cœur assez gluant, pour tout dire, gras, dur sur les bords, gavé de cholestérol... Il le confia à Marie qui le remit au tout petit qui, tout heureux, prit ce nouveau jouet entre ses deux mains et se mit à le frictionner, le triturer, le mordiller - l'homme n'en croyait pas ses yeux... Enfin, voilà qu'il le lâche et que Marie le reprend pour le restituer au Monsieur avec son beau chapeau et son gilet entr'ouvert. Prudemment il glisse son cœur à l'endroit exact et lui, qui était devenu assez blême, retrouve des couleurs et ressentait de tout dans son cœur et dans son corps, des choses qu'il n'avait plus ressenties depuis des dizaines d'années : oui, voilà qu'il rit et plus encore qu'il pleure, il pleure de bonheur ! Revenu à la maison, sa femme ne le reconnaît plus, tant il est gai, libre, prêt à danser ce soir-là, le soir de la naissance du bébé à Bethléhem... Depuis lors dans toute la famille on raconte ce qui est arrivé à ce monsieur au cœur quelque peu endurci et raide, plein de cholestérol. On le raconte jusqu'à aujourd'hui. «  Donne-moi ton cœur  ». Voilà ce qui peut arriver, en s'approchant d'un enfant nouveau-né.

Il y a tout juste quinze jours, j'étais à Malines. Un ancien élève du collège abbatial de Bruges m'avait invité. Pour parler d'une des quatre vertus cardinales, à savoir la force ou le courage. Cela arrive. Mais quelques jours avant cette rencontre - il m'avait promis qu'il réunirait plus de cent personnes de sa génération pour cet événement ! - un enfant est né, un petite fille, Juliette. Lui, Félix, l'organisateur, et son épouse Stéphanie, n'ont rien trouvé de mieux que d'emmener avec eux la toute petite Juliette, qui n'avait que quelques semaines ! Et que s'est-il passé : cette enfant, tout au long de la journée, est passée dans les bras d'une bonne dizaine d'amis et de parents de Felix et de son épouse, les premiers organisateurs de cette rencontre. Au milieu de toute cette jeunesse d'environ trente ans, la toute petite fillette régnait. Deux fois on a clairement entendu ses gémissements : une fois lors d'un exercice de grand silence de tous dans l'aula et une fois à l'eucharistie après que le chœur s'était tu. Et tout le monde souriait de bonheur. Le plus petit ralliait tout le monde !

Jamais deux sans trois. Il y a un peu plus de dix ans, ma mère vivait encore. Elle a terminé ses jours dans une maison de repos, connaissant une démence progressive sur plus de dix ans... Un jour on a célébré avec tous les habitants de la maison et le personnel, la fête de Noël. Ma cousine Laure-Anne était invitée à jouer avec son mari Matthias Joseph et Marie, et leur petite fille, née fin septembre de cette année, jouait l'Enfant Jésus entre les bras de sa maman. Le miracle eut lieu après la célébration. La famille s'est retrouvée au réfectoire et l'on a vu pour la première fois quatre génération réunies : Ma mère, sa plus jeune fille Marie-Françoise, Laure-Anne et la petite Margaux, pas encore trois mois. À un beau moment on a confié dans les bras de ma mère la toute petite ! Et elle s'est retrouvée, maman, cajolant le bébé et invitant tout le monde surexcité autour d'elle, à rester calme et faire silence en raison du bébé qu'elle tenait tendrement dans ses bras, elle qui avait mis six enfants au monde. Tout se remettait à vivre en elle, et elle, qui depuis des mois ne disait quasiment plus rien, retrouvait des mots et exhortait tout le cercle autour d'elle à respecter cette vie nouvelle qu'elle portait sur son sein.

Bien chers amis, qu'est-ce à dire ?

Le plus petit, le plus fragile, le plus dépendant donne vie, réveille, humanise, rend le cœur bon et juste de tous ceux l'entourent, et tous comprennent ce langage, même les déments. Noël, n'est-ce pas aussi cela : retrouver au fond de nous le cœur palpitant de patience, d'humour, d'humanité humble et gaie, avec un immense respect pour la vie nouvelle qui est, à y regarder de près, chaque fois un miracle. Le poète Tagore doit avoir dit : «  Chaque nouveau-né apporte le message que Dieu n'a pas encore perdu sa confiance en l'humanité  », et cette nuit nous avons entendu le dicton célèbre d'Angelus Silesius, ce médecin du XVIIe siècle : «  Le Christ peut bien naître mille fois à Bethléem, s'il ne naît pas une seule fois en toi, tu demeures pour toute l'éternité perdu (nicht einmal geboren - für immer verloren)  ».

Laissons-nous guérir par la douceur de Noël. Douceur forte, ferme, libre, porteuse de vie !

Contemplons et réalisons le miracle : le plus humain passe par la porte de l'humilité, qui est humour, jeu et gravité, pauvreté et plénitude. Une voix retentit : «  Donne-moi ton cœur  », aujourd'hui. Amen.

 

Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu

Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! » Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion. Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.

- Parole du Seigneur.

Is 52, 7-10

Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s'est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations ; il s'est rappelé sa fidélité, son amour, en faveur de la maison d'Israël.

La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. Acclamez le Seigneur, terre entière, sonnez, chantez, jouez !

Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4, 5-6

Dieu nous a parlé par son Fils

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu'il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l'univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s'est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ; et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur. En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange : Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré ? Ou bien encore : Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ? À l'inverse, au moment d'introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.

- Parole du Seigneur.

He 1, 1-6

Le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C'est par lui que tout est venu à l'existence, et rien de ce qui s'est fait ne s'est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas arrêtée.

Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l'existence, mais le monde ne l'a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Jn 1, 1-5.9-14