Homélie du 28 mars 2024

Il les aima jusqu'au bout

Jeudi Saint - Une homélie du Frère Damien Cassiers

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Une homélie du Frère Damien Cassiers

« J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir » nous dit Jésus : c'est un désir qui brûle en lui comme un feu, comme une passion ardente. Il s'agit de son repas d'adieu avec ses disciples, la veille de sa Passion et de sa mort sur la croix, juste avant la fête de la Pâque juive Lors de ce dernier repas, Jésus va accomplir deux actions significatives (le lavement des pieds et la fraction du pain), partager ses dernières recommandations, et faire une longue prière d'intercession pour ses disciples. En réponse à son invitation, nous-mêmes, nous sommes venus ici ce soir pour commémorer ensemble ces événements et partager ce dernier repas du Christ.

La Pâque juive nous a été rappelée brièvement dans la 1ère lecture. Moïse avait intercédé courageusement à 10 reprises auprès du Pharaon pour qu'il laisse partir le peuple mais celui-ci s'obstine à refuser. Alors, Moïse prépare le peuple à l'intervention de Dieu : chaque famille immolera un agneau au coucher du soleil; ils mettront son sang sur les montants de la porte de leur maison afin de se protéger du malheur qui va s'abattre sur l'Egypte, et il mangeront la chair de l'agneau « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main » , prêts à partir précipitamment dans la nuit, lors de la Pâque, càd lors du passage du Seigneur.

Le contexte de ce repas pascal est dramatique : il s'agit de se libérer d'une servitude écrasante ; mais il faut tout abandonner et partir brusquement à l'aventure, dans une pénible migration qui va durer des dizaines d'années. Cependant, le peuple fait confiance à Moïse et, à travers lui, dans le Seigneur.

En commémorant d'année en année, de siècle en siècle, cette 1ère délivrance historique, le peuple juif va aspirer confusément à une délivrance plus radicale, à une purification du cœur. « Des jours viennent, dit le Seigneur, où je conclurai avec la communauté d'Israël une nouvelle alliance : je déposerai mes directives au fond d'eux mêmes, en les inscrivant dans leur être » (Jr 31,33). Et, pour réaliser cette purification de notre cœur, les prophètes annoncent la venue d'un mystérieux Serviteur pleinement habité par l'E* de Dieu qui sera 'la lumière des nations'. Ce Serviteur va remplacer l'agneau pascal : « il va porter nos souffrances, il sera broyé à cause de nos révoltes, comme un agneau traîné à l'abattoir » .

Et voici que Jésus vient. Il grandit dans un milieu spirituel très fervent ; il est « aux affaires de son Père » depuis son enfance, en méditant les Ecritures (Lc 2,49). Il intègre en sa personne les révélations antérieures, il rejoint le projet d'amour de Dieu pour la création et tous les humains : il devient ainsi le Serviteur de Dieu attendu. Dès sa 1ère prédication à Nazareth, il assume la prophétie du 3ème Esaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, dit-il, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé proclamer aux opprimés la libération, et aux aveugles le retour à la vue » (Lc 4,18=Es 61,1) : ainsi cette grâce et cette vérité qu'il tient du Père, Jésus reçoit la mission de la communiquer à tous, avec une prédilection particulière pour les 'petits' et les 'opprimés', -une prédilection que nous retrouvons explicitement dans la dernière parabole de st Matthieu où il s'identifie à « ceux qui avaient soif et qui avaient faim, à ceux qui étaient étrangers, ou nus, ou malades, ou en prison » (Mt 25, 31-4).

« Lui qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu'à l'extrême » nous dit st Jean (13,1). Cet amour qui l'anime, Jésus va l'exprimer par 2 actes significatifs, au cours de son dernier repas avec ses disciples. D'abord par le lavement des pieds que st Jean nous décrit en détail par 7 verbes : Jésus se lève, il dépose son vêtement, prend un linge dont il se ceint, verse de l'eau dans un bassin et se met à laver, puis à essuyer les pieds de ses disciples... Ailleurs, il avait évoqué ce geste en disant : « Lequel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Or, moi, je suis parmi vous comme celui qui sert » (Lc 22,27) ; et ailleurs encore : « Hrx ces serviteurs que le maître à son arrivée trouvera en train de veiller. En vérité, je vous le déclare, il prendra la tenue de travail, les fera mettre à table et passera pour les servir » (12,37). -Notons que Jésus nous interpelle aussitôt : « Ce que j'ai fait pour vous, faites-le vous aussi..., vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns des autres » . - Chacun d'entre nous, en fait, reçoit d'innombrables services, grands et petits, de tous ses proches, à longueur de journée : il est bon que nous en prenions conscience régulièrement, avec gratitude...

La deuxième manière dont Jésus va exprimer l'amour qui l'anime nous a été rappelé dans la 2ème lecture : c'est le partage du pain qui est rompu, symbole de son corps livré pour nous, et le partage de la coupe de vin, la nouvelle Alliance en son sang versé pour nous : c'est lui l'Agneau véritable. Il ne s'agit plus seulement de commandements à pratiquer ou de rites à accomplir, comme lors de l'alliance avec Moïse ; il s'agit d'un partage fraternel de ce que nous avons et de ce que nous sommes, ainsi que d'une communion intime avec le Seigneur, comme il l'avait annoncé précédemment : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Et comme le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi » (Jn 6,35.51.56s). Le désir de communion de la sainte Trinité avec chacun de nous personnellement traverse et imprègne toute l'histoire.

Rejoignons donc le désir du Seigneur en mangeant maintenant cette Pâque avec lui, vivons chacun, comme lui, de l'Esprit qui repose sur nous, et aidons nous les uns les autres à trouver nous aussi notre joie en aimant, en vérité, jusqu'au bout, comme lui-même nous a aimés.

 

Prescriptions concernant le repas pascal

En ces jours-là, dans le pays d'Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l'année. Parlez ainsi à toute la communauté d'Israël : le dix de ce mois, que l'on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l'agneau d'après ce que chacun peut manger. Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l'année. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour du mois. Dans toute l'assemblée de la communauté d'Israël, on l'immolera au coucher du soleil. On prendra du sang, que l'on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c'est la Pâque du Seigneur. Je traverserai le pays d'Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d'Égypte, depuis les hommes jusqu'au bétail. Contre tous les dieux de l'Égypte j'exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d'Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C'est un décret perpétuel : d'âge en âge vous la fêterez. »

- Parole du Seigneur.

Ex 12, 1-8.11-14

Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? J'élèverai la coupe du salut, j'invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens ! Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t'offrirai le sacrifice d'action de grâce, j'invoquerai le nom du Seigneur. Je tiendrai mes promesses au Seigneur, oui, devant tout son peuple.

115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18

Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur

Frères, moi, Paul, j'ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l'ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

- Parole du Seigneur.

1 Co 11, 23-26

Il les aima jusqu'au bout

Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.

Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le c?ur de Judas, fils de Simon l'Iscariote, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu'il est sorti de Dieu et qu'il s'en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu'il se noue à la ceinture ; puis il verse de l'eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C'est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n'a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c'est pourquoi il disait : « Vous n'êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m'appelez ?Maître? et ?Seigneur?, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Jn 13, 1-15